Immobilier Casablanca
Voyage Maroc

Du 20 au 23 mars 2008, Marrakech organise un festival international de la magie. C’est dommage de se donner tout ce mal alors que la magie, ici, c’est tous les jours. Le nom de Maroc semble même sorti du mot Magie. Et hop ! Si c’est pas magique ça.

Autre exemple, prenez les administrations, c’est rempli d’administrateurs prestidigitateurs. Le coup du placard qui scie le corps en deux, on ne leur fait pas. Hé oui, c’est eux qui nous le font. Quand vous rentrez dans leur bureau, de la taille d’un placard justement, y’ a une chance sur deux pour que ça vous scie les pattes et le moral en prime. Pourtant, les américains et les européens se sont attribués le tour en le modernisant avec une belle armoire au design Starck et des costumes à paillettes Prada, rien de plus. Et vu à la télé, c’est quelque chose, du grand show digne de Broadway.

Le fabricant du bouillon de poule « Magie », il a même déposé le slogan : « Magie Magie et nos idées on du génie », en pensant à nous, les Marocains.

A propos de génie, on a de grands illusionnistes. Ils sont encore plus forts David Copperfield. Ceux-là, on les reconnaît car ils se maquent avec des Occidentales. Les mecs, en un clin d’œil (séducteur) ils se marient avec des blondinettes et les escortent (pour la vie) en tapis volant dans leur pays.

Il y’a aussi un autre tour qui nous vaut une renommée mondiale. A ce propos, merci à la police. Ils sont super doués pour faire disparaître le sens de l’honneur quand quelqu’un roule pépère dans ta voiture. Mieux que le lapin qui sort du chapeau. Abracadabra « tu me supplies pour pas t’aligner une prune ». Et pour le conducteur, ça fait : « abracada-bra cassé ».

Mais les meilleurs et vraiment de loin (parce qu’on les revoit jamais), ce sont les clandestins. Ils ont une botte secrète, genre de sept lieues, pour passer de l’autre côté. D’habitude pour passer le détroit, ça se passe avec le tour des cartes nationales… Bah euh, ils arrivent à passer de l’autre côté sans en montrer une seule. Si c’est pas des as de la magie.

2/2 La détente (Suite de Un déménagement qui déménage)

… Que faire alors qu’il menace de repartir ? Surtout, ne pas paniquer. Il s’entête. Je tiens tête. On se prend la tête. Il repart ni une ni deux en direction de l’immeuble et reprend la marchandise, aidé du (traître) gardien. On m’avait prévenu, un gardien c’est comme une plante, faut savoir l’arroser de temps à autre, pas seulement pour les fêtes ou changement de saison.

Me souvenant de séries télé de mon enfance, devinez ce que je fais. Je lui crève ses pneus ? Non, mes ongles ne sont pas assez pointus. D’un coup je bondis dans le camion dont les clés, restées sur le contact, me taquinent. Ni une ni deux, je m’enferme. A clefs !

Une heure plus tard, le déménageur est assis à la table du café d’en face avec les gars du quartier à palabrer. De mon côté, je pleure comme une madeleine, assise sur un fauteuil en skaï tout collant de chaleur. Sans même une gorgée d’eau pour étancher ma soif. J’hésite (mais j’hésite) même à prendre la route pour Tanger. Je n’ai définitivement que mes larmes pour breuvage, ce qui accéléra leur débit, de rage. Il me reste à peine 20 dh sur ma carte téléphonique Jawal, tout juste pour bipper la France et encore fallait-il que quelqu’un soit là. Cinq minutes plus tard je raconte mes péripéties à ma mère qui ne sait que faire.

Pendant ce temps, je yeute le livreur, qui à défaut d’une boisson fraîche, vient de se ramasser une douche froide. Il retente une négociation. En vain, moi et les bakchich, nous ne sommes pas copains.

C’est seulement vers vingt et une heure trente que le ciel se dégage. Entre temps, une amie a volé à mon secours. La livraison reprend grâce aux négociations de Maman. Moi toujours enfermée en cabine de pilotage, une amie supervise les opérations.

Tout se passe bien, quand soudain.

- Euh attendez-là, il manque un carton, le numéro 16, celui de la hi-fi ».

Après avoir fouillé la loge du gardien… walou (rien).

Ce n’est que le surlendemain qu’ils le retrouveront, bizarrement au dépôt de la société de déménagement. Cette société qui se vantait d’une livraison assurée venait juste de prouver qu’elle n’assurait pas un clou. Quand aux billets doux pour le gardien et le livreur ? Pour le premier, j’avais décidé de me séparer de ses bons services. Quant au livreur : « Entre déboire ou pourboire, il faut choisir ». J’ai gentiment rappelé au boss de la compagnie de déménagement qu’il n’avait aucune parole. Ce même boss qui deux mois auparavant me faisait la danse du tapis « je te fais le prix que je ferais à une sœur ».

Un déménagement qui déménage

February 29th, 2008

1/2 L’attente

Deux mois. Deux mois de retard dans la livraison de mon déménagement. Le camion parti d’Angers est soit disant retenu à la douane, à Tanger. Je finis par penser que le gentil déménageur, qui m’a promis de me livrer illico presto, s’est fait la malle avec mes vingt deux cartons. Le patron de la société ne réponds ni à mes appels ni à mes mails.

Soudain, mon téléphone m’apporte la bonne nouvelle (c’est comme le mythe du Prince charmant, il débarque quand on ne s’y attend plus).

- Nous sommes en bas de chez vous, me lance le livreur.

A la bonne heure !

- Vous me prenez au dépourvu là, je suis au bureau.

Mais je saute de ma chaise tournante et quitte pronto mon travail telle une envolée lyrique. Soulagée, je prends le soin d’appeler Maman, en France, pour lui annoncer l’heureuse nouvelle.

- Ils sont arrivés !

Toujours très positive et altruiste, elle me rappelle gentiment d’offrir une boisson fraîche aux déménageurs. Bien sûr par cette chaleur de juillet.

17 heures. Après avoir piqué un sprint dans Casa, j’arrive ruisselante de sueur mais les yeux écarquillés de bonheur. Séquence émotion devant mes cartons chéris, mon vélo chéri… ma vie. La pression tombe, d’autant plus que je dois mentionner que le lendemain matin je m’envole pour Paris, au mariage d’une amie d’enfance et que ma robe de cérémonie se trouvait être dans l’une de ces boîtes couleur papier mâché.

J’ouvre les portes de la camionnette. Côté règlement, tout a été prévu deux mois auparavant : paiement comptant en France, à la livraison des marchandises. Pour le livreur, j’ai également prévu le traditionnel petit billet. Aidé de mon (ange)gardien, voilà le livreur qui sort un à un les cartons. Je prévois donc deux billets.

Quatre cartons plus tard, le livreur reçoit un appel sur son portable et improvise soudain une scène pour le moins étrange.

- Vous devez me payer maintenant le déménagement.

Il sort un papier

- Voilà le prix.

Hic, aïe, gros yeux.

- (Avec diplomatie) Vous-devez-faire-erreur-cher-Monsieur, ce n’est pas le tarif négocié. Regardez ma facture et en plus je dois payer par virement bancaire en France.

Que faire alors qu’il menace de repartir ?

Driss the nice

February 27th, 2008

Au pays des taxis… il y a les méchants et les gentils (3/3)

Trop sympa Driss. Il est chauffeur de taxi et gentil, ce qui n’est pas le cas de tous les chauffeurs de taxi de Casa, Nador, Larache… Des taxis comme Driss, on aimerait se promener avec eux tous les jours. Prenez Driss, il roule cool, il ne klaxonne que si la situation l’exige (et pour lui la situation l’exige inversement aux autres, c’est-à-dire pour de vraies raisons) et il est poli. « Ca ne vous dérange pas la cigarette, Madame… ou Mademoiselle ? », m’a-t-il interrogé.

A ses côtés se tient un passager, un homme comme lui, d’une cinquantaine d’années et tout aussi sympa. Driss, on dirait une vraie clé de contact, tellement il aime… le contact. A l’écouter, on en oublie la vétusté des fauteuils et le crachin radiophonique. On ne peut être à la fois un as du volant et du chiffon, je présume. Bercé par la régularité de sa conduite, je bois les rayons du soleil, remarquant de temps à autre ses yeux tout aussi perçant que les rayons et scrutant le rétroviseur. On dirait dit que le rétro a deux yeux noirs pétillants.

Le passager descend. Il ne reste plus que nous deux, Driss et moi. Ou plutôt nous trois, Driss, moi et le rétroviseur aux yeux curieux. Ce dernier m’interroge enfin : - « Vous êtes Canadienne ? ». - « Euh… non, pourquoi ? ». - « Vous ressemblez à une canadienne ». Je souris, me disant qu’il n’a probablement jamais mis les pieds au Pays des caribous mais qu’on a dû un jour lui rapporter du sirop d’érable de là-bas. Oui, c’est vrai, je porte des santiags dans les teintes sirop d’érable, des plumes aux oreilles ambrées comme le sirop d’érable et le soleil donne un reflet sirop d’érable à mes cheveux bouclés. Mais de là à… Remarquez, il faut bien venir de quelque part. Il y a fort à parier que si j’avais eu deux nattes, il m’aurait demandé « Vous êtes Indienne ? » (en pensant aux Sioux). Driss aurait été déçu de ne pas pouvoir m’inviter à fumer le calumet de la paix.

Marche ou crève

February 27th, 2008

Au pays des taxis… il y a les méchants et les gentils (2/3)

Il fait nuit. C’est calme, trop calme comme à chaque fois que je rentre avec la dernière navette Casa-Rabat. N’allant pas à « Hay Riad » comme hèlent les taxis, je commence à marcher. Puis, « Hey ! », je lui signale en agitant mollement ma main fébrile. Les sabots de sa Uno s’arrêtent, les quatre à la fois.

Au début, je lui trouve un faux air de John Wayne. Un pur cow-boy avec sa barbe de trois (fois douze) jours, son chapeau en crochet de teinte fauve dont les rebords semblent avoir été grignotés par un gosse distrait qui les aurait confondus avec un « P’tit Lu ». Je monte à l’arrière, presque en amazone, un peu à cause de l’humidité du fauteuil et des petits bouts de je-sais-pas-quoi suspects détectés par ma main.

Le climat glacial ambiant sous-titre « l’hiver est arrivé », la preuve un OVNI (‘orrible’ virus non identifié) s’est amouraché de moi, provoquant éternuements, frissons, fièvres et autres tracas. Rajouter à cela des vitres ouvertes à fond les ballons, je fini par me croire sur un traîneau en Alaska. Au bout de deux minutes, je le prie : « Vous pouvez fermer les vitres, afak ». Il en ferme une, la sienne. Point à la ligne. « Et l’autre, s’il vous plaît. Ana mrida(*) », bredouille mon corps blotti et agonisant. « Tu te mets derrière moi ou tu descends ! » décide t’il. Inutile de tenter un « Vous pouvez répéter la question ? », si j’avais le nez bouché, mes oreilles jouaient encore parfaitement leur rôle. En plein milieu de nulle part, fière comme Artaban, je descends. Pourtant consciente qu’il aurait été plus judicieux de régler l’affaire au poste de police… voire chez le Chérif. Le chauffard redémarre tout aussi sec que le regard qui me fusille dans le rétroviseur.

Dix minutes plus tard, à la bonne heure ! Un autre taxi passe. Ambiance musicale folklorique dans sa Dacia bleue. Il se souvient même m’avoir déjà déposée chez moi. J’ai juste à me laisser conduire jusqu’à mes quartiers par ce vaillant chevalier. Les taxis, c’est comme une boîte de chocolat, on ne sait jamais sur quoi ont va tomber.

(*) je suis malade

La rouge et la noire

February 27th, 2008

Au pays des taxis… il y a les méchants et les gentils (1/3)

A y repenser, la scène de ce fameux samedi midi dans le quartier de Maarif avait une dimension stendhalienne, perraultienne même. Enfin de ce que je me souviens. « Taxi ! », j’avais lancé en agitant le bras. Le chauffeur avait pilé net. Tellement net que j’aurais déjà dû me méfier. J’ai rassemblé mes affaires pleines de belles intentions, sac de sport, courses du marché, crème hydratante à la rose, tout juste achetée du marché. « Acima beauséjour », j’ai demandé.

Je me suis calée contre le fauteuil arrière, à droite, du côté des rayons de soleil. Il faisait beau, ça sentait presque le sable chaud. Quand soudain, je l’ai vue. Une ombre. Noire. Noire et grosse. Imposante carrosserie, vitres teintées de grosse berline, vitesse de grosse berline. On aurait dit l’entrée d’un tunnel. Rapide et presque féline, l’ombre s’est imposée face au Petit Taxi rouge. Genre le Loup qui se jette sur le Petit Chaperon rouge.

Ma tête est partie frapper la vitre. Premier bruit. Plissement de tôle. Le taxi perd le contrôle de son véhicule (trop) léger et va ensuite percuter une petite citadine surannée, garée pépère. Second bruit. Trou noir.

Lorsque j’ai repris mes esprits au bloc des urgences, une contrefaçon du Docteur Ross, le beau gosse d’Urgences, est entrée. Je me suis presque sentie coupable de ne pas avoir attachée ma ceinture. Pourtant il n’y a en avait pas. Bah oui, à quoi bon, les ceintures au Maroc, c’est bien connu, c’est seulement fait pour les pantalons.